Ce qui apparaît (quand on cligne des yeux) est une série photographique qui part d’un
geste simple et involontaire : cligner des yeux lorsqu’on est ébloui par le ciel et découvrir
l’impression laissée sur nos paupières par un objet précédemment observé. Ce geste
interrompt brièvement la continuité du regard. Dans cet instant de suspension, les images
se brouillent, se chevauchent, se recomposent.
Les photographies sont construites à partir de superpositions, de reflets et de
transparences. Les fragments qui les composent proviennent souvent d’éléments très
simples : le ciel, une ligne d’horizon, un geste, un visage, la présence d’un animal. Une
fois réunis, à la manière des nuages dont on essaie de deviner la forme, ces
superpositions produisent des associations inattendues. L’image n’est plus un
enregistrement stable du réel mais un lieu de coexistence : plusieurs temps, plusieurs
plans, plusieurs présences s’y inscrivent simultanément.
La construction des images intervient a posteriori, à l’inverse des photos prises en double-
expositions à l’argentique. Elles naissent d’un travail de montage à partir de
photographies préexistantes, prises à des moments différents et sans intention initiale de
les associer. Il s’agit presque d’une forme de collage : deux images qui, à l’origine,
n’avaient aucune raison de se rencontrer se retrouvent mises en relation. La superposition
agit alors comme une expérience visuelle, faisant émerger des correspondances
imprévues, des continuités accidentelles, parfois même des récits.